01/03/2015

(suite)

Conclusion

Je crois qu'il y a environ 15 000 Arméniens dispersés le long de l'Euphrate, entre Meskéné et Deïr-el-Zor, en passant par Rakka. Comme je l'ai déjà dit, ces mal­heureux, abandonnés, maltraités par les autorités, mis dans l'impossibilité de pourvoir à leur nourriture, meurent peu à peu de faim. L'hiver approche ; le froid et l'humi­dité vont ajouter leurs victimes à celles de la famine. Ils peuvent toujours trouver quelque chose à manger, bien qu'à des prix très élevés, s'ils ont un peu d'argent. Sans doute, il y a de grandes difficultés à leur en envoyer et la plus grande en est le mauvais vouloir des autorités; cependant on peut, par des voies indirectes, arriver à leur faire parvenir quelque assistance pécuniaire, qui pourrait être répartie entre les divers campements, afin de leur procurer une quantité suffisante et équitable de farine.

Si des secours d'argent ne leur sont pas envoyés, ces malheureux sont condamnés à mort ; si au contraire, les envois de fonds sont substantiellement faits, on peut es­pérer que beaucoup d'entre ces malheureux pourront survivre jusqu'à la conclusion de la paix, qui seule va décider de leur sort.15

Tels sont les principaux témoignages recueillis sur le vif. Ils révèlent l'ampleur de l'entreprise d'extermination, la participation des fonctionnaires et des militaires turcs et d'une organisation parallèle, dénommée Organisation spéciale. Cela ne suffit pas cependant pour accuser nom­mément les chefs de l'Ittihad. Des preuves plus directes (p.105) sont apportées au décours de la guerre par l'ambassa­deur américain Morgenthau qui rapporte dans ses Mé­moires des aveux que lui ont faits Talaat et Enver.

 

Vingt-six mois en Turquie

Mémoires de l'ambassadeur américain, Henry Mor­genthau (extraits)

Talaat justifie «l'extermination arménienne»

// se passa quelque temps avant que l'histoire des atrocités arméniennes parvînt à l'Ambassade américaine, dans tous ses affreux détails. En janvier et février [1915], des fragments de relations commencèrent à af­fluer; par habitude, on les considéra comme de simples témoignages des désordres régnant dans les provinces arméniennes depuis plusieurs années. Vinrent alors des rapports d'Urumia, qu'Enver et Talaat rejetèrent comme des exagérations insensées; et lorsque nous entendîmes parler, pour la première fois, des troubles de Van, ils déclarèrent également que c'étaient les excès d'une po­pulace en effervescence, et qu'il fallait les réprimer immé­diatement. Je vois clairement maintenant, et ce qui ne l'était pas à cette époque, que le gouverment turc avait décidé de cacher ces nouvelles le plus longtemps possible au monde extérieur, et que l'extermination des Armé­niens ne viendrait à la connaissance de l'Europe et de l'Amérique qu'après l'achèvement. Désirant principale­ment nous la laisser ignorer, ils avaient recours aux tergi­versations les plus honteuses, au cours de leurs discus­sions avec moi ou avec mes collaborateurs.

Au début avril, on arrêta à Constantinople environ 200 Arméniens, qui furent envoyés dans l'intérieur. La plu­part d'entre eux occupaient d'importantes situations, so­cialement ou matériellement parlant; j'en connaissais plu­sieurs et, compatissant à leurs douleurs, j'intercédai en leur faveur auprès de Talaat. (…)

 

(p.137) Télégramme adressé par Talaat, le 15 septembre 1915 à la préfecture d'Alep

«// a été précédemment communiqué que le gouverne­ment, sur l'ordre du Djemiet21, a décidé d'exterminer entièrement tous les Arméniens habitant en Turquie. Ceux qui s'opposeraient à cet ordre et à cette décision ne pourraient faire partie de la formation gouvernementale. Sans égard pour les femmes, les enfants et les infirmes, quelque tragiques que puissent être les moyens de l'extermination, sans écouter les sentiments de la conscience, il faut mettre fin à leur existence. »

 

 

 

21:42 Écrit par Justitia & Veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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